Kiné du sport en 2026 : entre thérapie manuelle, data, suivi à distance et IA avec Pierre Poulain

La kinésithérapie du sport vit une transformation rapide. Entre l’explosion des contenus sur les réseaux sociaux, l’essor du suivi à distance, le retour en force (sans jeu de mots) des approches manuelles bien intégrées, et l’arrivée de l’intelligence artificielle dans la pratique quotidienne, le métier ne ressemble plus à celui d’il y a 20 ans.

Mais une question centrale demeure : comment évoluer sans perdre l’essentiel ? La réponse tient souvent en un équilibre : bouger, mesurer, toucher, et contextualiser.

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La kiné moderne ne choisit plus entre “actif” et “manuel”

Le débat “hands-off vs hands-on” a trop souvent été caricatural. En pratique, les meilleurs résultats viennent souvent d’un mélange intelligent :

  • Le manuel peut soulager, ouvrir une fenêtre symptomatique, faciliter l’adhésion, débloquer des situations.

  • L’actif reste indispensable pour restaurer la capacité, la tolérance à la charge et la performance.

Le véritable niveau d’expertise, ce n’est pas de “choisir un camp”, c’est de savoir quand utiliser chaque levier, et pourquoi.

Data en kiné : outil indispensable… à condition d’avoir le “permis”

Les plateformes, capteurs, tests de force et bilans “high-tech” offrent une richesse énorme. Mais une règle s’impose : mesurer n’a de valeur que si cela change la décision clinique.

Deux pièges classiques :

  1. La data plaisir : produire des chiffres sans savoir quoi en faire.

  2. L’analyse incomplète : lire un déficit sans comprendre la courbe (pic, moyenne, RFD, endurance de force, effondrement au fil du temps…).

À l’inverse, beaucoup de tests simples restent redoutablement efficaces : goniomètre, tests fonctionnels, observation qualitative, analyse du mouvement… à condition d’avoir un œil entraîné.

Bilan : le vrai luxe, c’est la pertinence

Un bilan utile n’est pas un bilan “long”.C’est un bilan ciblé, cohérent, orienté décision.

Chez les coureurs d’endurance, un point ressort comme souvent déterminant : la charge d’entraînement (volume, intensité, progression, récupération). Sans ce contexte, on peut passer à côté de la cause principale.

Suivi à distance : l’outil est secondaire, le système est tout

Le suivi à distance fonctionne quand trois éléments sont réunis :

  • Un cadre clair (process, fréquence, objectifs, re-check).

  • Une bibliothèque d’exercices solide (vidéo, variantes, progressions).

  • Une adhésion forte de l’athlète (autodiscipline + motivation).

Le vrai gain, c’est l’industrialisation intelligente : squelettes de programmes, réutilisation, adaptation fine, suivi longitudinal… tout en gardant la singularité clinique.

Réseaux sociaux : visibilité ≠ compétence

Les réseaux peuvent ouvrir des portes (collaborations, événements, patients, formations).
Mais ils demandent :

  • une stratégie,

  • une cohérence éditoriale,

  • du temps (souvent sous-estimé),

  • et une vigilance : le contenu “performant” n’est pas toujours le plus juste.

IA : le futur de la kiné sera hybride

L’IA ne remplacera pas ce qui fait la valeur d’un thérapeute :

  • le raisonnement contextuel,

  • la relation,

  • le toucher,

  • l’adaptation humaine.

Mais elle va probablement automatiser une grande partie du travail “invisible” :

  • synthèse de dossier,

  • propositions de progressions,

  • analyse de charge,

  • contrôle de cohérence avec un protocole,

  • génération de programmes “premier jet”.

La kiné de demain pourrait donc être plus clinique et plus humaine… parce que l’IA prendra une partie du administratif, du tri, et de la structuration.

À retenir

  • La kiné moderne est un métier d’équilibre : manuel + actif + data + contexte.

  • La mesure n’a de valeur que si elle guide une décision.

  • Le suivi à distance nécessite un système, pas juste une page Instagram.

  • L’IA va accélérer la pratique, mais ne remplace pas l’humain : elle l’assiste.

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